
Le myrte en Corse
Comme dans le reste de la Méditerranée, le myrte a une place importante en Corse. La tradition de transmission orale n’a permis de laisser que peu de traces des utilisations de cette plante en Corse, où elle est nommée A MURTA, A MORTA ou bien A MORTULA. Le féminin du nom donné au myrte en Corse est d’ailleurs resté dans l’usage actuel. En effet lorsqu’une personne, en français, parle du myrte en Corse elle dira plus facilement LA myrte que LE myrte.
Un travail important a été réalisé par le Parc naturel régional de Corse pour répertorier et conserver par écrit cette transmission qui se faisait traditionnellement par l’oral. Un nombre conséquent d’utilisations dans les domaines économique, religieux ou alimentaire, y ont été répertoriées.

Le myrte en octobre
Le maquis
Le terme est un emprunt, par l’intermédiaire du corse machja, à l’italien macchia, lui-même dérivé du latin macula « tache », par allusion à l’aspect tacheté d’un paysage de maquis. On désigne ainsi une formation végétale plus basse qu’une forêt (fruticée), très dense, constituée principalement d’arbrisseaux résistants à la sécheresse et formant des fourrés épineux et inextricables.
Cette formation, qui s’établit dans les massifs cristallins en terrain siliceux, résulte en général de la dégradation de la forêt de chênes-lièges, elle-même ayant généralement remplacé un peuplement originel de chênes verts, mais elle peut être aussi la conséquence du réembroussaillement d’anciennes pâtures ou de terres cultivées laissées à l’abandon.

Utilisation économique
Les nasses
Ces religions, qui sont apparues en Méditerranée, font toutes deux références au myrte.
Dans la bible, le myrte est l’emblème de la joie : « L’ange du Seigneur parla à Zacharie en se tenant au milieu des myrtes, et l’Éternel répandit par de bonnes paroles de consolation. » (Zach. I, 10, 13.)
Il est également un symbole de paix chez les Hébreux : « Au lieu de l’épine s’élèvera le cyprès, au lieu de la ronce croîtra le myrte ; Et ce sera pour l’Eternel une gloire, un monument perpétuel, impérissable. » (Esaie 55,13)
« Je regardai pendant la nuit, et voici, un homme était monté sur un cheval roux, et se tenait parmi des myrtes dans un lieu ombragé ; il y avait derrière lui des chevaux roux, fauves, et blancs. » (Zacharie 1,8)

Nasse en myrte pour les araignées de mer.
Les pêcheurs de l’Isula Rossa, de San Fiurenzu fabriquaient leurs nasses à langoustes et à murènes avec le myrte. Ils allaient le cueillir lorsque le mauvais temps s’installait. Ils ne faisaient pas cas de la lune, mais ils préféraient le récolter avant la pleine lune, car à cette période, le myrte garde son pied et dure davantage.
On en faisait des provisions et on travaillait les nasses à temps perdu. Pour travailler le myrte sec, il fallait le mettre à tremper dans de l’eau. Pour faire « i sturzoli » (armatures), il fallait choisir des pousses intactes, qui n’avaient pas été mangées par les chèvres. Donc on allait cueillir le myrte dans les lieux protégés des animaux, par exemple les vignes.
Pour faire les anneaux, il fallait des morceaux plus gros. Une nasse peut durer des années et des années, mais souvent les pêcheurs les remplaçaient tous les deux ans. Ceux qui se détérioraient le plus étaient les « sturzoli ».

Schémas de nasse selon Simonpoli (Parc Naturel Régional de Corse)
On pouvait aussi confectionner les nasses avec de l’oléastre (olivier sauvage) cueilli l’hiver à la vieille lune, mais ce bois était moins bon que le myrte parce qu’il s’écorce. Avec les jeunes pousses, les pêcheurs fabriquaient aussi les aiguilles pour coudre leurs filets.
On en faisait aussi des paniers ou bien des balais (Soriu Hte Corse).
Me Conrad a relevé que l’on utilisait les baies pour teindre le drap. Cette teinture fit d’ailleurs l’objet d’un commerce avec Gênes. Les feuilles et les tiges utilisées pour le tannage des peaux étaient aussi exportées.
Les paniers

Corbeille à pain (myrte et fil)

Corbeille à pain détail (myrte et fil)
L’art de la vannerie du myrte
Voici quelques photos pour prendre connaissance du tressage du myrte.

Près du fond de la corbeille à pain

Assemblage de la terminaison de deux brins (à droite)

Près du fond de la corbeille à pain

Assemblage du bord de la corbeille (finition)

Assemblage du bord de la corbeille (finition)
Rituels et croyances
Les arches de mariage étaient faites avec le myrte. Elles étaient fabriquées avec des cannes entourées de myrte vert. Pour certains, le myrte est symbole d’amour, de joie, de félicité ; pour d’autres, c’est une plante de longue vie qui porte chance ; pour d’autres, elle symbolise l’abondance.
À Bastia, pour sainte Zita, la société des jardiniers allait cueillir les bouquets de myrte à Furiani. On en recouvrait le sol de l’entrée du marché jusqu’à l’église de saint Jean. On en donnait aussi au curé, au maire, à l’adjoint… Mais le myrte n’entrait pas dans l’église (Bastia).
Le myrte est aussi symbole de mort : quand quelqu’un mourait, on faisait des bouquets de myrte (Corti). On mettait des bouquets de myrte dans la maison du mort ou dans l’église (Nebbiu). « Le myrte, c’est plutôt pour les morts. Le buis pour les vivants, le myrte pour les morts. Je me souviens toujours lorsqu’ils ont fait la messe pour fêter les cinquante ans de X. À l’église, il y avait sur une tablette un bouquet de myrte. Je n’ai rien dit à personne. Mais j’ai pensé : ça, c’est un mauvais présage ! Et qu’est-il arrivé ? Il est mort quelque temps après » (Nebbiu).

Les utilisations dans l’alimentation
Les feuilles parfumaient les tonneaux dans lesquels les anchois étaient conservés, on en recouvre la charcuterie pour la parfumer et on en met dans le vin (Boziu). La viande des merles, le lait des chèvres qui ont mangé du myrte s’imprègnent de son parfum.

La myrte arrive à maturité à partir de décembre

Nasse en myrte pour les araignées de mer.
Les pêcheurs de l’Isula Rossa, de San Fiurenzu fabriquaient leurs nasses à langoustes et à murènes avec le myrte. Ils allaient le cueillir lorsque le mauvais temps s’installait. Ils ne faisaient pas cas de la lune, mais ils préféraient le récolter avant la pleine lune, car à cette période, le myrte garde son pied et dure davantage.
On en faisait des provisions et on travaillait les nasses à temps perdu. Pour travailler le myrte sec, il fallait le mettre à tremper dans de l’eau. Pour faire « i sturzoli » (armatures), il fallait choisir des pousses intactes, qui n’avaient pas été mangées par les chèvres. Donc on allait cueillir le myrte dans les lieux protégés des animaux, par exemple les vignes.
Pour faire les anneaux, il fallait des morceaux plus gros. Une nasse peut durer des années et des années, mais souvent les pêcheurs les remplaçaient tous les deux ans. Ceux qui se détérioraient le plus étaient les « sturzoli ».
Le myrte jouait aussi un rôle dans le culte de Déméter, déesse de l’agriculture, des moissons et de la fécondité dans la mythologie grecque (déesse nommée Cérès dans la mythologie romaine). En effet, les athéniens l’employaient pour faire des couronnes pour Déméter, et pour les prêtres et les prêtresses de cette divinité.
Tous ceux qui participaient aux cérémonies mystérieuses de son culte, se firent aussi un devoir d’en porter. Le port de ces couronnes par Déméter et Perséphone (Proserpine chez les romains, fille de Déméter et Zeus (Jupiter chez les romains)) devait leur permettre d’étendre leurs pouvoirs jusqu’aux enfers. Par ailleurs, dans les croyances antiques d’Éleusis (ville voisine d’Athènes), les âmes des initiés demeuraient dans des bois de myrte. Le myrte était donc aussi un symbole de la mort.
C’est pourquoi Électre se plaint, dans une tragédie d’Euripide, que le tombeau de son père Agamemnon (héros grec) n’était pas orné de ces branches de myrte, dont on avait coutume de couronner les morts.
Les Thesmothètes, magistrats de la démocratie athénienne, se conformaient à cet usage : ils portaient des couronnes de myrte pour désigner le droit qu’ils avaient de condamner à mort. De plus, le myrte était consacré spécialement aux dieux infernaux.
De même, les Pythagoriciens ordonnaient, pour leurs funérailles, qu’on enveloppât leurs corps de feuilles de myrte, d’olivier et de peuplier. Alceste, fille de Pélias (roi d’Iolcos) donnée en mariage à Admète, avant d’expirer, était représentée occupé à orner de myrte leurs autels.

Oreste, Électre et Hermès devant la tombe d’Agamemnon, péliké lucanienne à figures rouges, v. 380-370 av. J.-C., musée du Louvre.
Les propriétés thérapeutiques prêtées au myrte au cours de l’Histoire.
C’est dès le premier siècle après J-C que Dioscoride et Pline indiquent les nombreuses applications médicales attribuées au myrte.

Dioscoride recevant une mandragore.
Médecin, pharmacologue et botaniste grec dont l’œuvre a été une source de connaissances majeures en matière de remèdes de nature végétale, animale ou minérale, de l’Antiquité à la Renaissance.
Dioscoride parle sous le nom de myrtidanon, d’une excroissance verruqueuse embrassant les tiges du myrte, plus astringente encore que la plante elle-même. Ce myrtidanon ne semble être qu’une sorte de galle. Par suite d’une singulière confusion, Pline a pris le myrtidanon pour le vin de myrte et a prêté au vin de myrte les propriétés du myrtidanon. Le contresens s’est traditionnellement perpétué depuis lors jusque dans les manuels d’herboristerie récents, en passant par les diverses éditions de Cazin.
Au Moyen Âge, il n’est pas fait mention du myrte dans les textes connus.
Au XVIè siècle, les botanistes médecins du midi de l’Europe, comme Mathiole en 1554, distinguent soigneusement le myrte du fragon et de la myrtille, avec lesquels le confondaient des apothicaires allemands. Après en avoir indiqué les usages économiques et culinaires, Mathiole déclare l’emploi condimentaire du myrte fortifiant pour l’estomac, utile contre l’entérite et la dysenterie ; la décoction des fleurs ou des fruits bonne contre les affections herpétiques et l’érysipèle. Enfin les fruits, ajoute-t-il, absorbés sous n’importe quelles formes « fortifient le coeur et profitent merveilleusement à sa trémulation ? ».
Les propriétés médicinales du myrte étaient bien oubliées lorsque Linarix en 1878 à Paris, lui consacre une importante thèse inaugurale. Il y expose tout le parti qu’on pourrait tirer de cette plante en thérapeutique. Ces expériences ont été réalisées à partir de l’alcoolature et de l’essence de myrte.
Au XIXe siècle, le myrte est souvent cité pour traiter la diarrhée, les leucorrhées, les hémorragies et les faiblesses de l’estomac.
